Compte-rendu

Le laboratoire NT2 a organisé du 30 avril au 2 mai 2009 le colloque international Histoires et Archives, arts et littératures hypermédiatiques. Les propositions des divers conférenciers et conférencières ont suscité plusieurs débats passionnants et ouvert maintes avenues théoriques qui mériteront d’être approfondies dans le futur. Voici un compte-rendu de chacune des conférences livrées du colloque qui, sans être capable de pleinement rendre compte de toute la richesse de chacune des interventions, permet tout de même de donner un aperçu des propos livrés et échangés lors de l'événement.

Jean Clément, «De l’usage de l’aléatoire en littérature électronique»

Jean Clément a ouvert le colloque en proposant un survol historique des usages de l’aléatoire en littérature, énumérant d’abord les occurrences sur texte imprimé pour réfléchir ensuite à l’usage qui en est fait en littérature électronique. Clément a notamment démontré comment les notions de hasard et d’aléatoire jouent un rôle central dans les sciences et les arts du vingtième siècle. Une idée particulièrement intéressante qui a surgie de cette communication est celle selon laquelle l’aléatoire serait «ce qui est algorithmiquement incompréhensible», ce qui signifie évidemment que l’aléatoire «pur» ne serait pas reproductible par des procédés informatiques. Clément nous a d’ailleurs rappelé que les informaticiens réfèrent généralement au «pseudo-aléatoire» afin de décrire ce qui est le fruit d’une travail effectué par une machine.

René Audet, «Digital Born lit-killer ? L’oeuvre littéraire à la rencontre du numérique»

Lors de sa communication, René Audet s’est attaqué à l’épineuse question de la place que prend l’aspect technologique dans le discours théorique sur la littérature électronique. L’une des affirmations qu’Audet a voulu défendre durant son intervention est la suivante : il faut étudier l’oeuvre littéraire, sa nature, son ontologie et non pas d’abord ses composantes technologiques. Pour reprendre ses mots, Audet a affirmé avec force que «l’oeuvre numérique n’est pas un galimatias de plug-In.» Il s’agissait ainsi en quelque sorte d’un appel à la communauté des chercheurs en arts et littératures hypermédiatiques : il faut mettre fin à l’étonnement technologique qui marque lors des premiers abords de ce corpus récent, pour penser les oeuvres elles-mêmes et non pas simplement les caractéristiques du support qui les rend possible.

Sophie Marcotte, «Vers une nouvelle littérature québécoise : la critique littéraire sur le Web»

La communication de Sophie Marcotte gravitait autour des formes qu’adopte la critique littéraire sur le Web. Marcotte a souligné le fait que les praticiens de la critique traditionnelle et institutionnalisée sont réticents quant à la valeur des critiques que l’on retrouve sur le web, particulièrement sur les blogues, qu’ils jugent souvent impressionnistes, voire vides de tout propos appuyé. Marcotte a tout de même fourni quelques exemples qui permettent d’affirmer que c’est un nouveau discours critique qui se met en place, nécessairement démocratique puisque sur le web, tout le monde peut s’improviser critique. Le Web apparaît dès lors comme étant un lieu qui rend possible de fructueux échanges par la confrontation des points de vue, mettant ainsi à mal la vision parfois monolithique des oeuvres littéraires qui est véhiculée par le discours critique traditionnel.

Alice van der Klei, «De l’utilité du rhizome pour penser l’hypermédia»

La communication d’Alice van der Klei s’est divisée en deux volets. Dans un premier temps, celle-ci a proposé un historique du concept de rhizome, développé par Deleuze et Guattari dans Mille plateaux et repris dans les années 1990 par les premiers penseurs de l’hypertexte, tels George P. Landow, Stuart Moulthrop, Janet Murray et Pierre Lévy. En prenant partie en faveur du concept de rhizome pour penser l’hypermédia, Alice van der Klei s’est ensuite penchée sur les six principes du rhizome proposés par Pierre Lévy (principe de connexion, d’hétérogénéité, de multiplicité, de rupture asignifiante, de cartographie et de décalcomanie) afin d’analyser le site hypermédiatique Mandel.brot des artistes Alexandra Saemmer et Bruno Scoccimarro.

Anaïs Guilet, «Petit recadrage terminologique et historique : le proto-hypertexte et l’hypertexte»

La communication d’Anaïs Guilet visait dans une premier temps à cerner les enjeux théoriques de l’utilisation du terme « proto-hypertexte » pour désigner les oeuvres qui appliquent le principe d’hypertextualité sur un support imprimé. Il en est ressorti un fait frappant : le discours des théoriciens de l’hypertexte met souvent en place une rhétorique de la valorisation de l’oeuvre hypertextuelle aux dépens de l’oeuvre imprimé, qui n’apparaît dans leur logique que comme étant une forme non-achevée de cet aboutissement que serait l’oeuvre hypertextuelle. Anaïs Guilet s’est ensuite appliquée à montrer que cette vision des choses partisane participe d’un enthousiasme peut-être un peu trop débordant quant au potentiel d’innovation de ces oeuvres numériques.

Philippe Bootz, «Entité/identité : vers un outil d’indexation des documents relatifs à la poésie numérique»

La conférence de Philippe Bootz portait sur la question de la pérennité de la littérature numérique en l’abordant du point de vue de l’ontologie spinoziste, plus particulièrement par le biais du concept du pouvoir d’agir d’une oeuvre. Que signifie le fait de préserver une oeuvre numérique ? Bootz proposa notamment l’idée que l’ensemble des documents qui portent sur une oeuvre sont constitutifs de cette oeuvre. Ainsi, pour l’archivage d’une oeuvre numérique, il s’agirait de conserver non pas simplement le code informatique de l’oeuvre, mais également l’ensemble du discours qui l’entoure. Il faudrait aussi, dans un contexte d’archivage, caractériser les oeuvres à partir de leur pouvoir d’agir esthétique dans un contexte socio-culturel précis.

Illustrating Medecine Archive Project, «Archiver et rendre accessibles les illustrations médicales de l’Atlas of Anatomy de J.C.B Grant»

Le groupe Illustrating Medecine Archive Project est venu présenter son projet d’archivage des dessins contenus dans l’atlas anatomique du Dr J.C.B Grant, le premier du genre qui a été publié en Amérique du Nord, en 1943. Financé par le CRSH, le projet vise à rendre accessible numériquement l’ensemble des 920 dessins originaux qui figuraient dans l’atlas anatomique de Grant. Dans leur conférence, il a été question des problématiques d’archivage des documents, mais aussi des problèmes liés aux droits d’auteur et de la diffusion éventuelle des images sur le Web. Cette communication nous a permis de prendre connaissance d’un cas problématique d’archivage où des questions éthiques et éditoriales s’ajoutent aux considérations esthétiques reliées à la préservation d’oeuvres visuelles.

Ludiciné, «L’analyse (re)flambée. Possible, l’archivage et l’analyse du film interactif ?»

Le groupe de recherche Ludiciné, qui travaille sur le cinéma, le jeu, le cinéma interactif et le jeu vidéo, a présenté son protocole d’archivage et d’analyse des oeuvres de leur corpus. La première mission du groupe, mise de l’avant par son projet de recherche «Histoire et théorie du cinéma interactif des premiers temps», est de mettre en lumière l’important héritage culturel de ce mouvement. L’un des problèmes méthodologiques les plus importants dans l’analyse du cinéma interactif est celui de la citation, puisque le texte original est à proprement parler introuvable. C’est ce constat qui a amené Ludiciné  à fonder sa méthode d’analyse sur l’expérience plutôt que sur le texte. Dans un premier temps, le groupe aura ainsi constitué  un protocole d’archivage qui vise à conserver une trace de l’expérience ludique. Ensuite, Ludiciné a développé un système de descripteurs afin de rendre compte des rencontres interactives avec les supports technologiques.

Collectif NT2 (Bertand Gervais), «Arts et littératures hypermédiatiques : modalités de constitution d’un répertoire en ligne»

Lors de sa présentation, Bertrand Gervais a expliqué quelles ont été les grandes étapes  de la création du répertoire d’oeuvres hypermédiatiques du laboratoire NT2. Depuis 2005, le NT2 a pour mission de promouvoir l’étude, la création et l’archivage de nouvelles formes de texte et d’oeuvres hypermédiatiques. Bertrand Gervais a expliqué les trois grands objectifs de recherche du NT2 :

-    Développer des stratégies de recherche en arts et littérature : cet objectif a été rempli par le NT2 qui a développé un outil de gestion de bases de données grâce au logiciel Drupal.

-    Témoigner des manifestations d’une culture de l’écran : En constituant le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques, qui offre un corpus de plus de 3000 oeuvres documentées, commentées et classées en fonction de différents critères, en mettant de l’avant l’actualité du web par le blogue Délinéaire tenu par les chercheurs du laboratoire et en publiant les Cahiers virtuels des actes de journées d’études organisées par le NT2, le laboratoire s’assure de pouvoir faire état des différentes manifestations de cette culture de l’écran.

-    Animer les activités de recherche de la communauté de chercheurs de Figura, le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire : d’une manière globale, il est ressorti que la mise en place d’un répertoire d’oeuvres hypermédiatiques permettra une nouvelle ère de recherche académique en phase avec l’ère de la cyberculture.

Équipe NTV (Ollivier Dyens et Dominic Forest),  «NTV : nouvelles textualités et visualisation, ville, virtualité»

L’idée à la base du projet de l’équipe NTV est qu’il est essentiel que nous repensions notre relation à l’information. L’information étant plus abondante que jamais,  celle-ci apparaît aux yeux des chercheurs de l’équipe NTV comme étant aussi vaste qu’un océan. Il s’agit ainsi d’élaborer des structures de navigation et de plongée étant susceptibles de rendre possible l’appréhension de cette masse d’information.

Le groupe NTV explore la métaphore visuelle de la ville comme point de départ vers une nouvelle représentation de l'information. La ville, ses rues, immeubles, quartiers et arrondissement deviennent ainsi les fondements de l’exploration et de la visualisation de l'information.

Anne Cauquelin, «L’Ontologie des multivers et la question de la réalité»

Lors de sa présentation, Anne Cauquelin a abordé la question des multivers, soit la possibilité que la réalité soit constituée d’univers multiples. La présentation de Cauquelin a donc gravité autour des questions suivantes : Si nous pouvons concevoir l’existence dite «réelle» de multivers, nous avons cependant du mal à les tenir pour «réellement» habitables. Que signifie cette impossibilité ? Peut-elle être surmontée, ou fait-elle partie des structures mentales «inscrutables» (selon l’expression de Quine) ?

Jean-Paul Fourmentraux, «Publics à l’oeuvre : arts et médias praticables»

Lors de sa présentation, Jean-Paul Fourmentraux a expliqué quelle est la méthode qu’il utilise pour son projet de recherche amorcé dans le cadre d’un contrat de l’Agence Nationale de Recherche (ANR), intitulé «PRATICABLES - Dispositifs artistiques : les mises en oeuvre du spectateur». C’est en questionnant les théories de la réception, au croisement de l’anthropologie des techniques, de la sociologie de l’art et des sciences de la communication, que Fourmentraux a voulu mettre au jour les interactivités médiatiques et leurs incidences sur la circulation d’une oeuvre d’art.

Alexandra Saemmer, «Des passages pas si éphémères - ou comment ré-ontologiser les restes dans la poésie numérique»

La présentation d’Alexandra Saemmer a abordé la question de la conservation des oeuvres numériques et de leur inévitable dégradation dû à la rapide obsolescence des diverses technologies convoquées dans la création de ce type d’oeuvre. Voici un court résumé des trois possibilités qui, selon Saemmer, s’offrent à l’artiste devant l’instabilité de l’oeuvre numérique :

- soit il réclame le « bon » environnement pour son œuvre – exigence qui, avec le temps, se heurtera de plus en plus à l’impossibilité de conserver les machines, les logiciels, les systèmes d’exploitation devenus obsolètes, et pourtant nécessaires pour visualiser l’œuvre « correctement » ;

- soit il accepte de créer de l’éphémère, de l’immaîtrisable, en s’inscrivant dans ce que Philippe Bootz appelle une « esthétique de la frustration » ; il peut ainsi décider de laisser l’œuvre se décomposer lentement, la laisser changer de formes et d’actualisations, assumant non seulement le fait que l’incident et l’imprévisible s’inscrivent dans l’interprétable d’une telle œuvre, mais faisant de la brisure un principe esthétique – « l’auteur est libre de réaliser, oui », explique Philippe Bootz, « mais seulement dans un ici et maintenant avec, pour futur proche, l’obsolescence. Voilà la nouvelle posture de l’auteur : gérer la brisure de son projet » ; une vision littéralement désenchantée de l’œuvre et du monde, où l’ici et le maintenant ne font plus jamais retour ; la consistance de ces œuvres est « celle de la grande passivité des choses sans raison », comme l’exprime Jacques Rancière, ou des « filets tendus sur le chaos » dont parlent Gilles Deleuze et Félix Guattari ;

- soit alors, troisième réaction possible face à l’instabilité de l’interface numérique, l’artiste « réenchante » celle-ci en l’investissant de l’esprit du sublime et de la nostalgie. Tendance néo-symboliste qui constitue le principe esthétique de certaines œuvres numériques comme Revenances de Gregory Chatonsky. L’auteur se réclame d’ailleurs de l’héritage du film Histoire(s) de cinéma de Jean-Luc Godard , avec, au niveau structurel, le mystère comme catégorie esthétique, comme elle a été élaborée par Mallarmé et reprise par Godard.

Yan Rucar, «D’une intermédialité à l’autre, Fidget de Kenneth Goldsmith et le concrétisme poétique du groupe Noigandres»

Lors de sa présentation, Yan Rucar s’est intéressé à la genèse de l’oeuvre Fidget de Kenneth Goldsmith, qui fut d’abord la transcription d’un enregistrement sonore : le 16 juin 1997, Kenneth Goldsmith décrivit pendant treize heures la moindre de ses activités corporelles. C’est par la suite que cette transcription fut adaptée au Web. C’est donc dans une perspective d’analyse de la traduction intersémiotique que Yan Rucar a abordé cette oeuvre lors de sa conférence, faisant la lumière sur les mutations subies par une oeuvre lors d’une adaptation transmédiatique.

Renée Bourrassa, «Entre l’invention et l’inventaire : pensée encyclopédique, mémoire artificielle et cyberespace»

Dans sa communication, Renée Bourrassa a traité des rapports qui existent entre la mise en place de bases de données et la notion de récit. Poursuivant le questionnement de Lev Manovitch, Bourrassa s’est demandé à quel point le récit peut être conciliable avec le principe de la base de données. Pour nourrir sa réflexion, Bourrassa a offert une lecture du projet The Tulse Luper Suitcases de Peter Greenaway, où les liens entre récit et bases de données sont au centre de la démarche de création.

Serge Bouchardon, «La conservation des oeuvres de littérature numérique»

Lors de sa présentation, Serge Bouchardon a proposé un survol des récents projets d’archivage des oeuvres en littérature numérique. C’est en s’appuyant sur les pratiques des auteurs, sur celles des bibliothèques, mais aussi sur les projets de recherche en cours, dont celui de l’Electronic Literature Organization (ELO) et du programme européen CASPAR (Cultural, Artistic and Scientific knowledge for Preservation, Access and Retrieval) que Bouchardon a alimenté son discours sur les enjeux de l’archivage des oeuvres numériques.

Anne Laforet, «Perspectives pour un musée archéologique du net art»

La présentation d’Anne Laforet prenait comme point de départ la nécessité de trouver de nouvelles alternatives aux modes d’archivage des oeuvres numériques actuellement privilégiés, soit l’auto-archivage des artistes, les stratégies muséales de conservation et l’archivage numérique automatique réalisé par des archivistes (à travers les bibliothèques nationales ou bien des organismes à but non lucratif comme Internet Archive).

Cette communication visait à proposer une approche prospective, hybride qui allie certaines des démarches mentionnées ci-haut, afin d’aboutir à ce qu’Anne Laforet nomme un musée archéologique. Le statut de ce qui est montré est différent dans un musée archéologique (par rapport à un musée d'art) : les visiteurs ont, a priori, conscience que ce qu'ils voient est recréé, reconstruit. La métaphore de l'archéologie, nous explique Laforet, se retrouve également dans l'attention accrue qui est portée au contexte des oeuvres, à leur environnement.

Alan Galey, «The Implementing New Knowledge Environments (INKE) project : from histoire du livre to nouvelles textualités»

Lors de sa présentation, Alan Galey a présenté le travail du projet INKE, qui s’intéresse particulièrement à l’étude de la lecture et des textes. Ce groupe de recherche privilégie une approche historique pour mener l’étude des formes textuelles. Le groupe est composé de spécialiste dans les champs de l’étude du texte, de l’expérience lecturale, du design de l’interface ainsi que de la gestion d’information. Pour un aperçu plus détaillé des travaux de l’INKE, visitez leur site internet : http://www.inke.ca/.

Sheila Petty, «Challenges and Prospects in Archiving and Interpreting Post-colonial African Digital Art»

La communication de Sheila Petty a permis d’adopter un autre point de vue afin d’aborder les problématiques d’archivage des oeuvres numériques, soit celui du continent africain. C’est dans une perspective identitaire que Petty a abordé la question de l’archivage d’une oeuvre numérique, par le biais de l’installation de Berni Searle intitulée Home and Away. L’une des questions soulevées par sa communication est la suivante : est-ce que l’archivage est une nouvelle forme de colonisation ?

Johanne Villeneuve, «Le conflit des médiations. Le témoignage sur le Web et l’exposition du document»

Comme son titre l’indique, la communication de Johanne Villeneuve portait sur les témoignages sur le Web, sujet qui permet de penser d’une manière particulière les notions d’archivage mais aussi de médiation. Villeneuve, au cours de sa présentation, a développé la thèse qui veut que les témoignages hypertextuels obligent à repenser le concept de «médiation». Après avoir dégagé les quatre fonctions traditionnelles du témoignage (fonction épistolaire, testamentaire, documentaire et configurationnelle), Villeneuve a voulu montrer que la fonction d’exposition, traditionnellement reléguée à l’arrière plan, devient avec la mise en ligne des témoignages une fonction déterminante.  Elle a également montré que la mise à l’avant plan de cette fonction d’exposition entraîne la transformation conflictuelle des relations entre les quatre autres fonctions médiatrices relevées plus haut. La présentation de ces considérations théoriques a été étayée par des exemples de sites Internet où l’on retrouve des témoignages de guerre.

Jason E. Lewis, «Open Culture : Worth the Trouble ?»

Lors de sa communication, Jason E. Lewis a discuté de l’utilisation des Open Systems dans son travail artistique, des problèmes et des avantages qui y sont reliés. C’est à partir de son expérience personnelle, plus particulièrement celle des oeuvres Cityspeak, Citywide et Passage Oublié que Jason E. Lewis a pu développer sa pensée à ce propos. Il a également offert quelques commentaires sur les plaisirs et les difficultés reliés au fait de travailler avec une forme médiatique qui nécessite la sollicitation et la participation du public pour exister.

Studio XX, «Outils et archive en ligne Matricules : le projet d’un centre d’artistes féministe»

Lors de leur communication, les deux membres de l’équipe du Studio XX ont proposé une mise en contexte historique et théorique des logiciels multimédia libres en expliquant leurs liens avec la production artistique de leur studio. Ils ont également présenté leur protocole d’archivage des oeuvres du centre d’artiste. Le projet Matricules a été au centre de leur présentation. Ce projet contient plus de 2000 fichiers, images, sons, vidéos, textes critiques et communiqués qui documentent l’ensemble des bolets de la production du Studio XX.

André Habib, «Caution : Digital Compression can Seriously Harm your Taste for Cinema : «l’aura» du cinéma expérimental à l’ère de sa reproductibilité numérique»

Lors de sa présentation, André Habib s’est appliqué à mettre un sérieux bémol au discours dominant qui veut que la compression numérique sur support DVD soit en tout point de vue une amélioration dans la visualisation des oeuvres cinématographiques. En se basant sur le cinéma expérimental, qui apparaît comme étant l’un des genres par excellence où s’expose la matière-pellicule, Habib a montré certaines faiblesses du numérique qui ne parvient pas à rendre avec justesse l’expérience que l’on peut avoir de ces films lors d’une projection en salle sur de la pellicule. Cette présentation a ainsi permis de mettre à l’ordre du jour une question importante : le support numérique comme médium d’archivage et de diffusion pour le cinéma expérimental est-il vraiment adapté à ce type d’objet ?

Samuel Archibald, «Vraies archives et faux documents : notes éparses sur l’assassinat de Bill Gates»

La présentation de Samuel Archibald portait sur le documenteur (documentaire portant sur un événement fictionnel) Nothing So Strange de Brian Flemming. Le travail d’Archibald a consisté à montrer comment une grande oeuvre participative s’est développée à partir du film de Flemming (Citizens for Thruth : www.citizensforthruth.org, Garcetti Report : www.garcettireport.org), comment cinéastes, spectateurs et internautes ont détourné la capacité documentaire de l’archive filmique et numérique afin de se réapproprier la figure historique du complot meurtrier. Archibald a également interrogé les enjeux éthiques et esthétiques de cette stratégie de «reality-hacking».